L’économie du commerce local
L'unique commerce de Saint-
Martin-de-la-Cluze, dans le
Trièves, porte depuis 1907 le
nom de sa fondatrice :
"Jeanne". Un collectif de
neuf personnes choisi de
reprendre ce café- épicerie.
Un projet où la dimension
citoyenne est aussi
importante que la volonté de
maintenir un commerce de
proximité.
ur la devanture en bois, le
nom "Jeanne" s'affiche en
lettres peintes. Le numéro
de téléphone commence par
76. À l'échelle du village et de
ses 700 habitants, l'unique
commerce de Saint-Martine-
la-Cluze est incontournable. À
l'intérieur, les tables en bois
habillées de toile cirée jouent
la simplicité. "Ah, vous avez
gardé le comptoir, c'est bien !"
lance une cliente venue, hier,
pour la réouverture du café-
épicerie. Le maire, Joël
Cavret, était aussi parmi les
premiers consommateurs.
L'équipe municipale, qui re-
cherchait au départ un couple,
a préféré confier la gérance à
un collectif de neuf hommes
et femmes réunis en SCIC
(société coopérative d'intérêt
collectif). "Reprendre ce
commerce, au début, on en a
parlé sur le ton de la rigolade,
puis cela a mûri", explique
Emmanuel, qui s'est installé au
village, avec Gwenaëlle, en
juillet. "Nous étions les deux
les plus disponibles", c'est
pourquoi il officie au bar, elle à
l'épicerie attenante. "À terme,
l'idée, c'est d'être tous les deux
salariés." Le couple, à la base
éducateur technique charpentier
et éducatrice spécialisée, a
changé de voie : "Ce qui nous a
plu, c'est de vivre et travailler
au village et puis, la dimension
collective."
“Il y a une volonté militante"
Le café-épicerie nécessite du
temps, mais il est divisé par
neuf avec des heures de
bénévolat assurées par chacun
des associés qui en majorité a
une activité-professionnelle
principale. Dans l'épicerie
jouxtant le bar, Gwenaëlle sert
les clients venus faire le plein
de pain cuit au feu de bois,
poulet bio, fruits et légumes de
producteurs voisins et autres
produits de consommation
courante. Une fois par semaine,
certains achats seront faits au
Marché d'intérêt national (Min)
de Grenoble, parce que "les gens
veulent des tomates toute
l'année". Elle qui a suivi une
formation de maraîchage avec
Julien, autre membre du collectif,
cherche un terrain pour produire
ensemble. Arrivent Paul-Éric et
Émeline avec leur nouveau-né,
impliqués dans le groupe. "Les
gens avaient hâte qu'on ouvre.
On va essayer de ne pas les
décevoir." Les clients ne sont pas
uniquement les papys et mamys,
mais tous ceux qui défendent le
circuit court.
Entre deux encaissements,
Audrey, la compagne de Julien,
évoque aussi les projets de "café
des enfants", de conférences et
concerts,
"
pour fédérer tout le
monde
"
. Pour la jeune femme,
bibliothécaire à Grenoble,
"
l'idée,
ce n'est pas reprendre un
commerce et faire de l' argent. Il
y a une volonté militante". Au
village, même les anciens vont
apprécier ces nouveaux néo-
ruraux!
Estelle ZANARDI
Le café-épicerie "Jeanne",.
ouvert en 1907, a connu, à
partir de 1989, une
parenthèse de cinq ans sans
activité, avant que
Jacqueline Manson et
Patrice Beaufils ne
prennent la gérance en
1995, la commune ayant
acheté le fonds de
commerce. ""La Jeanne",
c'était du dépannage, au
départ. Mais en 20 ans, ils
ont amélioré l'épicerie où
on trouve des produits du
terroir, des viandes locales,
des légumes frais...
Beaucoup d'habitants se
faisaient un devoir de faire
tourner ce commerce."
Alors, à l'annonce de leur
départ le 1er mai 2016, Joël
Cavret, le maire de
SaintMartin-de-la-Cluze,
s'est un peu affolé. Il
n'avait que trois mois pour
trouver un nouveau gérant.
"Ça a été le branle-bas de
combat. On a mis des
annonces sur Internet et sur
Le Bon Coin."
“Notre village
résiste”
L'équipe municipale a établi
un cahier des charges avec
le profil recherché. "On a eu
15 candidatures, une bonne
surprise", dit-il, avec des
gens de la Drôme, de
Grenoble, de Bourg
d'Oisans. Cinq candidats ont
été retenus "et tous ont été
auditionnés". Au final, à
l'unanimité des membres du
conseil municipal, c'est un
collectif de neuf associés qui
a été retenu. "C'est un
groupe très motivé et qui
s'est mis au boulot tout de
suite," poursuit l'élu. "On a
eu la pression de la
population."
Le maire n'en a pas vraiment
besoin. "On a conservé notre
commerce, notre école, on a
de jeunes agriculteurs. Notre
village résiste. Il y a une
forme de fierté, oui."
E.Z.
“On a mis des annonces sur Internet”
[article paru le 13 octobre 2016, reproduit avec l’aimable autorisation de son auteur]