Paul et Maryse Riondet
Et puis il a fallu partir…
Oui, moi pour Grenoble, avec mon copain
Avogadro, au lycée Mounier à Grenoble.
Maryse était à Monestier. Le collège ou le
lycée, c'était le premier exil.
Mais on se retrouvait tous les dimanches à
la messe. On y allait tous, c'était une
tradition familiale, mais aussi la vie du
village. On se retrouvait tous au bistrot
après.
Gamin, j'étais enfant de chœur. Les
kermesses, les animations, les sorties des
jeunes, c’était le curé, le Père Ribaud, et
ensuite le Père Colloud, qui les
organisaient. Mais on se débrouillait
également entre nous. J'avais des copains
qui prenaient la voiture et allaient au bal.
Moi j’étais le seul garçon entouré de filles
–mes sœurs et leurs copines– et on était
plus orientés nature, on allait camper au
bord du lac avec des patates et de quoi
faire du feu, et je jouais de la guitare…
Ils ont commencé à travailler tôt. Bien
obligés. Si l'on n'était pas fils d’agriculteur, il
fallait partir. Maryse est entrée comme aide-
soignante à l’hôpital de La Tronche, à 17
ans. Paul à Merlin-Gerin (maintenant
Schneider et Siemens), vers la gare. Ce qui
ne l'empêchait pas d'aider ses oncles aux
travaux des champs pendant les congés au
village, toujours resté leur point d'ancrage…
Plus tard ils se sont beaucoup investis dans
le sport, athlétisme, compétition, courses en
montagne, tous les deux, mais de façon
"raisonnable". Paul a été président du
Comité des Fêtes de Saint Martin. Ils ont eu
trois filles 37, 34 et 27 ans, la dernière,
enseignante à Paris dans le 9-3, et revient
aux moindres vacances… !
au village
Ce qui a changé ?
C'est difficile à dire. Je crois que les gens qui
viennent habiter ici n’aiment pas vraiment la
campagne en fait. Ils s'y installent parce que
c'est moins cher, mais ils voudraient les
mêmes avantages qu'en ville, et finalement
profitent peu de tout ce qui est ici, les bois,
l'air pur, les balades, les champignons. En fait
ils vivent comme en ville. Télé et jeux vidéo.
Les mamans amènent leurs petits en voiture
à l’école, il y en a tellement des voitures là-
devant que les cars ne peuvent même plus
passer parfois. Quand on était gamins
certains faisaient des kilomètres à pied par
tous les temps pour aller à l'école. .
Ce qui a changé aussi c’est l’incivilité des
gens. Les ados qui cassent tout, les voitures
qui passent très vite. Les autres ne comptent
pas pour eux.
16 octobre 2013